Vous trouverez ici la documentation sur laquelle se basent nos recherches historiques : textes médiévaux, rapports de fouilles archéologiques, ouvrages édités sur le mur païen du mont Sainte-Odile. Certains de ces documents sont directement consultables en ligne.

1. Les sources historiques

De nombreux textes anciens mentionnent le site du Mont Sainte-Odile et son mur païen. Les voici réunis dans cette section par ordre chronologique.

Vita Otiliae, le manuscrit de Saint-Gall ( fin du Xème siècle ).
Conservé au monastère de Saint-Gall en Suisse, le manuscrit de Saint-Gall, dont l'auteur nous est inconnu, comporte 754 folios sur deux colonnes, consacrés essentiellement à la vie des saints. La Vita Otiliae couvre les folios 71 à 86. C'est dans ce texte que l'on découvre une potentielle première mention du mur païen du Mont Sainte-Odile : Adalric, le père d'Odile, recherche un endroit pour se consacrer au Seigneur. Il choisit Hohenburg, où se dressaient alors les restes d’une "forteresse bâtie au temps du roi Marcellin". Le manuscrit a été entièrement numérisé et est consultable à l'adresse suivante [latin] :

e-codices – Bibliothèque virtuelle des manuscrits en Suisse


La Chartre de Léon IX en faveur d’Hohenburg  (17 décembre 1050).
Cette bulle papale est rédigée à la suite de la visite de Léon IX, le "pape alsacien" à l'abbaye de Hohenbourg. Elle régira tout au long du Moyen Age la politique sur le Mont Sainte Odile. C'est dans ce texte que l'on trouve, pour la première fois, une mention du mur sous le nom qui sera désormais le sien : "Intra septa gentilis muri" = à l'intérieur des enceintes du mur païen.
Il apparaît toutefois que cette mention serait un ajout postérieur (d'environ un siècle) à la rédaction de la charte initiale. L'appellation "mur païen" ne remonterait alors qu'au XIIème siècle.


La Chronique d’Ebersheim (~1150).

Ce texte rédigé par un moine d'Ebersheim n'évoque pas le mur païen, mais il est le seul à présenter le mont Sainte-Odile sous le terme "Altitona". Certains ont voulu y voir le nom antique des lieux. Il apparaît plutôt que le texte original comporte de nombreuses inventions qui ont pour but d'asseoir la légitimité des couvents et monastères alentour : le terme Altitona, mélange tardif et fantaisiste de latin et de langue germanique, ne recouvre probablement aucune réalité historique. Le document est consultable à l'adresse suivante [français] :

La chronique de l’abbaye d’Ebersheim


Chroniques de la Ville de Strasbourg, Jacob Von Koengshoven (1386).

Ecclésiastique du XIVe siècle, Koenigshoven explique, au chapitre II de son livre, que pendant l'invasion d'Attila et de ses troupes en Alsace au Ve siècle de notre ère, "Ceux de Strasbourg avaient en outre de nombreux châteaux païens et des forteresses sur la montagne de Hohenbourg et ailleurs. C’est là, qu’eux et le Landvogt se sont réfugiés, et ont attendu que Strasbourg et les autres villes sur le Rhin soient brûlées". 
Il atteste ici que l'enceinte du mur païen serait en fait un refuge pour les populations civiles lors des pillages. Le document est consultable à l'adresse suivante [allemand] : 
Chronique de Strasbourg, par Jacob von Kunigeshofen, divisée en cinq parties. | Gallica


La vie de Sainte Odile Vierge, première abbesse du monastère de Hohenbourg, Hugo Peltre (1719).

Hugo Peltre est le prieur du monastère lors de la reconstruction des lieux par les Prémontrés au XVIIIe siècle. Selon lui, le mur a été édifié avant l'arrivée des romains en Alsace, et ceux-ci s'en seraient ensuite servi comme refuge. Il reprend le terme "Altitona" inventé par le rédacteur de la chronique d'Ebersheim, en le traduisant par "redoutable château". Mais il ne base ses affirmations sur aucune source ni observation historique. Son objectif est uniquement de donner au site de Hohenbourg une histoire, une autorité, et mettre en valeur le monastère. Vous pouvez lire le document dans son intégralité ci-dessous : le mur païen est évoqué à partir de la page 125 [français] :

La Vie de Sainte Odile Vierge - Google Books


Histoire de la Province d’Alsace, Louis Laguille (1726).

le père jésuite Louis Laguille rédige pour le roi Louis XV une histoire de l’Alsace.  Dans le livre septième, il évoque le Mur Païen. Selon lui, il est d'origine romaine. Le livre s'accompagne de plusieurs planches représentant le plan du Mont Sainte-Odile et le mur païen. Il est entièrement consultable à l'adresse suivante [français] :

Histoire de la province d'Alsace, depuis Jules César jusqu'au mariage de Louis XV, avec des figures en taille-douce, des plans, des cartes géographiques et un recueil de pièces, qui peuvent service de preuves aux faits importants. Dédié au Roi par le R. P. Louis Laguille, de la Compagnie de Jésus | Gallica


Exegesis historiae Germaniae : Seu totius Germaniae descriptio pulcherrima et iucundissima in XII. volum. divisa,nunc denuo recognita notisque illustrata,accedit Conradi Celtis descriptio urbis Norimbergae, Philipp Andreas Oldenburger (1728)

l'auteur cite explicitement la chronique d'Ebersheim comme source du nom Altitona; il affirme par ailleurs que le mur paien serait l'oeuvre des Francs. Page 301, livre intégralement consultable à l'adresse suivante [latin] :

'Oldenburger, Philipp Andreas: Exegesis historiae Germaniae', Image 413 of 592 | MDZ


History von Hohenburg, Dionysus Albrecht (1751).

Successeur d’Hugo Peltre au Mont Sainte-Odile, Dionysus est persuadé comme lui que ces ruines sont romaines. Il s'appuie pour cela sur les nombreuses monnaies romaines retrouvées à son époque sur le site. Son livre est intégralement consultable à l'adresse suivante [allemand] :

'Albrecht, Dionysius: History von Hohenburg, Oder St. Odilien-Berg', Bild 1 von 572 | MDZ


Alsatia Illustrata, Jean Daniel Schoepflin (1751).

Schoepflin est un historien qui, lui aussi, soutient l'hypothèse de la datation romaine. Mais son point de vue va plus loin : il est persuadé que le mur païen ferait partie d'une gigantesque muraille romaine qui se serait étendue du Honack jusqu'à Wissembourg. Il s'appuie lui aussi sur le grand nombre de monnaies romaines retrouvées sur site pour justifier son hypothèse. Par ailleurs, sa description du mur païen est agrémenté de nombreux dessins et plans.  Tome 1, chapitre XIV, page 532 et suivantes [latin] :

Alsatiae illustratae tomus I - Jean Daniel Schoepflin - Google Livres


Beschreibung von Hohenburg, Johann Andreas Silbermann (1783).

Silbermann semble s'être très largement inspiré de Louis Laguille pour ses plans et sa description du mur. Comme ses prédécesseurs, il est partisan d'une datation romaine. Page 14 et suivantes [allemand] : 

Beschreibung von Hohenburg oder dem St. Odilienberg, samt umliegender Gegend - Johann Andreas Silbermann - Google Livres


Histoire ecclésiastique, militaire, civile et littéraire de la Province d’Alsace, Philippe André Grandidier (1787).

Pour Grandidier, l’enceinte est d’origine celtique et a été ensuite occupée et renforcée par les Romains. C’était un camp de retranchement en cas d’invasion barbare. Il mentionne la liste des monnaies déjà citées par ses prédécesseurs. Mais il reprend ensuite la théorie de Schoepflin suivant laquelle le mur païen n’était qu’une partie d'une muraille qui courrait au sommet des Vosges du Honack à Wissembourg. Il utilise par ailleurs le terme "Altitona" inventé par l'auteur de la chronique d'Ebersheim, l'attribuant "aux romains et aux allemands". Page 85 et suivantes [français] :

Histoire ecclésiastique, militaire, civile et littéraire de la province d'Alsace - Grandidier - Google Livres


 Hohenburg oder der Odilien-Berg, Johann Pfeffinger (1812).

Pfeffinger  ne s'écarte pas de l'interprétation de ses prédécesseurs, mais publie une carte tout à fait intéressante de la Bloss avec plusieurs ruines figurant au milieu du plateau. Il les interprète comme des vestiges d'un camp romain. [allemand] :

Hohenburg oder der Odilienberg sammt seinen Umgebungen: in topographischer und geschichtlicher Hinsicht geschildert ; Mit 15 Planen und Abbildungen. 1 : Pfeffinger, Johann : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive


Handbuch der vorzüglichsten, in Deutschland entdeckten Alterthümer aus heidnischer Zeit : beschrieben und versinnlicht durch 1390 lithographirte Abbildungen ; mit 145 Tafeln.Wagener, Samuel Christoph (1842)

L'auteur voit dans le site du Mont Sainte-Odile "à l’origine un grand lieu de sacrifice et une forteresse des Celtes, consacré à Odin. Plus tard, les Romains y tinrent une garnison. Le « mur païen » qui s’y trouve est en partie d’origine celtique, en partie d’origine romaine. Les Romains appelèrent la montagne, occupée par eux, Altitona. "

Document consultable à l'adresse suivante [allemand] : 

'Wagener, Samuel Christoph: Handbuch der vorzüglichsten, in Deutschland entdeckten Alterthümer aus heidnischer Zeit. [1]., [Text]', Image 498 of 804 | MDZ


 Beiträge zur Geschichte des römischen Besfestigungswesen, Jakob Schneider (1844).

Schneider fait preuve de beaucoup de fantaisie dans son observation du site : il y voit des passages secrets un peu partout et rejoint Schoepflin sur la thèse d'une antique muraille qui aurait courut tout le long des Vosges, sans y apporter davantage de preuves [allemand] :

 

Beiträge Zur Geschichte der Alten Befestigungen in Den Vogesen - Jakob Schneider - Google Livres


Sainte Odile et le Heidenmauer, Louis Levrault (1855).

Levrault pense que le Mont Sainte Odile est un ancien lieu de culte celtique, mais attribue la construction du mur païen aux romains. Selon lui, l'enceinte est un refuge, accolé à un castellum romain.


Séances générales tenues par la Société Française d'Archéologie pour la Conservation et la Description des Monuments. Strasbourg, Rouen, St.-Lô, Vire, mémoire de Louis Levrault (1860)

Quelques années après son ouvrage sur le sujet, Levrault considère finalement que le mur a été construit en plusieurs fois, par différents peuples successifs, ce qui explique selon lui les différences de construction observées d'un secteur à l'autre. page 16 et suivantes [français] : 

'Congrès Archéologique de France: Séances générales. 26. 1859. Strasbourg, Rouen, St.-Lo, Vire. - 1860', Image 74 of 744 | MDZ


Der Odilienberg,  Joseph Meinrad Gyss (1874).

Dans son petit ouvrage essentiellement consacré à Sainte Odile et au couvent, Joseph Gyss, aumônier, évoque brièvement le mur païen. Pour lui, il est romain, même s'il n'exclut pas une occupation celte des lieux avant sa construction. Page 127 et suivantes [allemand] :

Der Odilienberg - Google Books


Le Mont-Sainte-Odile et ses environs - notices historiques et descriptives, Aimé Reinhart (1888).


Dans ce petit guide touristique, Reinhart reproduit les plans et illustrations de ses prédécesseurs, ainsi qu'une description géographique minutieuse des lieux. Il réutilise, sans l'interroger, le terme Altitona pour désigner le Mont-Sainte-Odile protohistorique; pour lui, le mur païen est le résultat des travaux de nombreuses générations qui se sont succédées sur le mont, depuis la préhistoire jusqu'à l'époque mérovingienne. Il prétend aussi que l'empereur Maximien se serait fait construire un palais à l'emplacement du couvent, qui aurait été détruit par les Hun en 407. Pages 58 à 69 [français] :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k352381 


le Duché Mérovingien d’Alsace et la légende de Sainte Odile, suivi de Les anciens monuments du Sainte-Odile, Christian Pfister (1892).

Dans la deuxième partie de son livre, Christian Pfister réfute longuement, arguments à l'appui, l'hypothèse de Jacob Schneider (mur romain).  Il propose une datation remontant au IIIe siècle avant J-C, et une origine Médiomatrique. Il en veut pour preuve les nombreux exemples d'oppida en hauteur construits par les gaulois pour s'y réfugier en temps de guerre. Il balaie l'argument selon lequel la technique de construction du mur païen ne ressemble pas aux Muri Gallici, arguant qu'il s'agit sans doute simplement d'une technique locale [français] : 

Le duché Mérovingien d'Alsace et la légende de Sainte Odile suivis d'une ét... - Google Books


Die Heidenmauer von St. Odilien, ihre prähistorischen Steinbrüche und Besiedelungsreste, Robert Forrer (1899).

Robert Forrer est le tout premier chercheur à mener une véritable étude de terrain sur le mur païen. Il observe, documente et interprète toutes les particularités qu'il rencontre aux abords de l'enceinte. Son livre comporte de nombreux schémas explicatifs. On lui doit notamment la découverte de plusieurs carrières qui ont fourni les blocs du mur païen. Pour lui, le mur serait plutôt d'origine gauloise [allemand] :

Die Heidenmauer von St. Odilien, ihre prähistorischen Steinbrüche und Besiedelungsreste / von Dr. R. Forrer... | Gallica

 

2. Les sources archéologiques et contemporaines

Retrouvez ici les publications des sociétés d'histoire et d'archéologie ainsi que les rapport de fouilles sur le mur païen du mont Sainte-Odile, classés par ordre chronologique.

 

Fouille d'une porte dans le mur païen de Sainte-Odile, Hans Zumstein in Cahiers alsaciens d'archéologie, d'art et d'histoire, Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace (1963) pp 23 à 26

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9756878g  


Le mystère du Mur Païen est-il définitivement résolu ?, Jean Braun, in Les Vosges (1959)


Fouilles d'un cône de déjection au mont Sainte-Odile, Hans Zumstein,  in Cahiers alsaciens d'archéologie, d'art et d'histoire (1963)


Les conditions géologiques de l'emplacement et de l'organisation du mur païen du mont Sainte-Odile, Nicolas Théobald in Société d'Histoire d'Archéologie Dambach Barr Obernai (1967)


Fouilles archéologiques au Mont Sainte-Odile en 1966, Hans Zumstein, in Société d'Histoire d'Archéologie Dambach Barr Obernai (1967)


Monnaies romaines du Mont Sainte-Odile, Jacques Schwartz, in Société d'Histoire d'Archéologie Dambach Barr Obernai (1968)


Contribution à la datation du mur païen de Sainte-Odile, Hans Zumstein (1970)


Fouilles des vestiges de la chapelles Saint-Pierre au Mont Sainte-Odile, Hans Zumstein, in Société d'Histoire d'Archéologie Dambach Barr Obernai (1971)


Die Heidenmauer, Fritz Eyer, in Société d'Histoire d'Archéologie Dambach Barr Obernai (1978)


Les portes du mur païen au Mont Sainte-Odile, Hans Zumstein, in Société d'Histoire d'Archéologie Dambach Barr Obernai (1992)


Le mur païen du Mont-Sainte-Odile (Bas-Rhin), une fortification énigmatique, O. Buchsenschutz et Stephan Fichtl in Bulletin - Association française pour l'étude de l'âge du Fer (1995)


Le Mur païen du Mont Sainte-Odile (Ottrott, Bas-Rhin) : nouveaux éléments de datation (campagne de fouilles 1994-1995), Stephan Fichtl in Cahiers alsaciens d'archéologie, d'art et d'histoire (1996)


Le mont Sainte-Odile, haut lieu de l'Alsace : archéologie, histoire, traditions. Catalogue d'exposition. Georges Bischoff, Guy Bronner, Marie-Noëlle Denis, Bernadette Schnitzler, Malou Schneider (2002)


Nouvelles données sur la datation du Mur Païen, Musées de Strasbourg, Francis Letterlé (2002)


L’Alsace des Mérovingiens à Léon IX, Christian Wilsdorf (2011)


Dendrochronologische Datierung der Holzklammers aus der « Heidenmauer » auf dem Odilienberg »W. Tegel et l, B. Muigg (2015)  p29 et suivantes

(PDF) Dendrochronologische Datierung der Holzklammern aus der "Heidenmauer" auf dem Odilienberg (Ottrott, Elsass)


Le « Mur païen » du Mont Sainte-Odile en Alsace : un ouvrage du haut Moyen Âge ? L’apport des fouilles archéologiques, Madeleine Châtelet, Juliette Baudoux (2016)

Le « Mur païen » du Mont Sainte-Odile en Alsace : un ouvrage du haut Moyen Âge ? L’apport des fouilles archéologiques - Archive ouverte HAL


Les fortifications du Frankenbourg à Neubois, Clément Feliu, Université de Lorraine (2022)

hal.science/hal-04844916v1/file/Fkb2022.pdf